LES PLUS D'EQUIBOOKS / n°3

Rencontre avec Jean-Louis Gouraud, auteur


Equibooks : Vous êtes reconnu comme historien et encyclopédiste du cheval et de l’équitation, mais vous êtes également un grand voyageur. Vous avez vadrouillé de part le monde, notamment en Afrique et Asie Centrale… et puis vous avez réalisé un véritable raid équestre de Paris à Moscou, plus de 3000 kilomètres à cheval : racontez-nous les circonstances de cet incroyable voyage !

 

Jean-Louis Gouraud : Difficile de raconter en dix lignes ce que j’ai essayé de raconter en cinq cents pages dans un bouquin que j’ai intitulé Le Pérégrin émerveillé, en hommage à un grand écrivain russe du XIXème siècle, Nicolas Leskov, auteur d’une nouvelle au titre proche du mien, « Le Vagabond enchanté ». J’ai entrepris ce voyage en 1990 parce que je n’ai pas pu obtenir mes visas d’entrée en Union soviétique plus tôt – mais l’idée, à l’origine, était de le faire en 1989, cent ans exactement après un exploit réalisé en sens inverse par un officier russe, Mikhail Asseev, qui était venu en France en 1889 pour fêter le centenaire de la Révolution française, visiter l’Exposition universelle et voir la Tour Eiffel !

Les motivations des cavaliers ne sont souvent que la tenue de paris stupides. Ce fut, du moins, mon cas !

Mais quelle extraordinaire aventure ! Traverser l’Europe à cheval au moment où elle connaît d’immenses bouleversements, ce n’est pas une simple promenade !

C’est bien parce que ce voyage m’a permis d’être le témoin d’un monde en train de

changer que je me suis enfin décidé à le raconter, vingt ans après les faits.

Equibooks : Votre intérêt pour le cheval et la littérature vous a conduit à écrire une quarantaine de livres ! Le dernier, Petite géographie amoureuse du cheval (Éditions Belin) a obtenu le Prix Nicolas Bouvier / Étonnants Voyageurs 2017 : cette récompense, dernière en date d’une longue liste, a-t-elle eu une signification particulière pour vous ?

J-L.G. : Être couronné d’un Prix littéraire qui porte le nom de celui qui est considéré comme le fondateur (et le modèle) de la littérature de voyage est évidemment un grand bonheur, et un grand honneur. Ce qui m’a fait plaisir aussi, c’est que ce Prix, qui existe depuis dix ans, récompensait pour la première fois un récit équestre. J’y ai vu une forme d’hommage aux chevaux, ces « étonnants voyageurs » !

 

Equibooks : D’où vous est venue votre passion pour le cheval ?

 

J-L.G. : Il n’y a aucune explication rationnelle. D’ailleurs l’amour pour les chevaux est, comme l’amour tout court, totalement irrationnel. Je n’ai pas d’hérédité cavalière, pas d’antécédents équestres. Je ne sais donc pas d’où me vient cette passion, née de l’enfance. Ma passion pour les chevaux est totalement puérile. Je suis un vieux monsieur, mais j’ai gardé, grâce aux chevaux, une certaine puérilité. Que vous ne confondez pas, j’espère, avec du gâtisme…

La seule explication de mon hippophilie, de mon hippomanie, m’a été donnée en Inde, par un vieux sage hindou qui croyait à la métempsychose : il m’a dit que j’étais la réincarnation d’un cheval !

 

Equibooks : Cavalier… Auteur… vous êtes également éditeur chez ACTES SUD, une structure importante dans le domaine de l’équitation. Pouvez-vous nous résumer en quelques mots l’esprit de cette belle maison dans le domaine équestre ?

 

J-L.G. : C’est une grande chance d’avoir trouvé un éditeur qui ait une vision, une vraie politique : non pas seulement la nécessité de fabriquer des best-sellers, mais l’idée de constituer un fonds. C’est ce que j’essaye de constituer avec la collection « Arts équestres », qui se compose d’ouvrages parfois difficiles, parfois austères, parfois savants, mais indispensables au maintien et au développement de la culture équestre. Réunir tous les textes de Xénophon sur le cheval, ou traduire le plus ancien traité d’équitation de l’Europe chrétienne, écrit en portugais du XVème siècle, ce n’est peut-être pas très commercial, mais cela nous a paru, à mes amis d’Actes Sud et moi, indispensable !

 

Equibooks : Racontez-nous votre plus beau souvenir à cheval !

 

J-L.G. : Comment voulez-vous que je réponde à une question pareille ? C’est comme si vous me demandiez quelle a été ma plus belle nuit d’amour ! La dernière, naturellement. Ou mieux encore : la prochaine !

Equibooks : Et enfin, une toute dernière question : parmi les nombreux livres sur les chevaux que vous avez lus (beaux livres, récit de voyage, roman, ouvrage technique...), si vous deviez n’en retenir qu’un seul, quel serait celui que vous conseilleriez à nos lecteurs ?

 

J-L.G. : Encore une question à laquelle on ne peut pas répondre. Mais puisque vous insistez, je vais tout de même essayer. Je recommanderai un livre que j’ai eu le plaisir d’éditer chez mon ami l’éditeur suisse Pierre-Marcel Favre en 1989. Son auteur est le colonel Denis Bogros. Il s’intitule Petite histoire des équitations pour aider à comprendre l’Équitation. Je ne sais pas s’il est encore disponible. Peut-être dans les librairies de livres anciens ? C’est une véritable mine. Due non seulement à l’érudition de son auteur, mais aussi à son expertise de cavalier. Sa longue pratique équestre – dans le djebel algérien aussi bien qu’au Cadre Noir de Saumur – l’a amené à réfléchir et à remettre en cause bien des idées fausses, à lancer cent pistes de recherche, à poser mille bonnes questions.

Il n’y a pas beaucoup de livres de cette richesse, de cette ampleur dans la littérature équestre contemporaine.

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