Laurence Bougault

  • Voyager à cheval revient à établir une complicité spirituelle et physique avec un grand corps bouillonnant et mystérieux. C'est aussi connaître une inscription à nulle autre pareille de son propre corps dans le paysage. Après les jeux équestres, les galops en forêt, après l'air empli de la senteur des crinières, choisir la marche lente, la longue proximité avec le creux de la selle et le dos de l'animal, opter ainsi pour le pas et l'horizon plutôt que pour la carrière du manège.
    Adjoindre, à l'art de faire coeur avec le dos pensant du cheval, la joie de percevoir le monde alentour à la mesure de cette danse haut perchée. Être pourtant plus terre à terre qu'aucun, en raison de la responsabilité paternelle qui lie le cavalier à ses bêtes - monture et cheval de bât.

  • " J'aime ces longues heures passées avec les chevaux, heures paisibles passées comme perchée sur une tour mouvante à contempler le monde d'en haut et cependant en son sein, j'aime collecter ces images qui n'appartiennent qu'à moi, parce que je suis l'une des rares Blanches à emprunter ces pistes avec une telle lenteur.
    [...] On part pour faire "fortune"' mais c'est la richesse de son propre coeur qu'on recherche. [...] A la question: "Pourquoi faites-vous ça ?", je n'ai toujours pas de réponse définitive, seulement un certain nombre de réponses par la négative. Je ne fais pas ça pour mourir, ni pour m'amuser, ni pour passer le temps. Je fais peut-être ça pour gagner le souvenir d'une expérience de longue durée, qui n'est plus seulement une expérience, comme l'est n'importe quel voyage, mais aussi une tranche de vie.
    Et de cette expérimentation à long terme, peut-être que je pourrai dégager quelque chose comme le sens de ma vie ou, plus modestement, un début de réponse à l'inquiétante question "Qui suis-je ?". "

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